Mon potager… façon Gertrud Franck

Mon potager… façon Gertrud Franck

 

Retrouvez les merveilleuses idées de Guylaine Goulfier dans le Manuel de survie joyeuse disponible dans la rubrique "livres"

Aujourd’hui la plupart d’entre nous tentons de jardiner « bio, » « au naturel ». C’est-à-dire sans produits (engrais, pesticides) issus de la chimie de synthèse. Mais la définition est réductrice. À mon sens jardiner au naturel consiste à tenter de respecter, de reproduire le mieux possible les cycles naturels dans le milieu artificiel qu’est le potager.

C’était exactement la démarche de Gertrud Franck, responsable du domaine d’Oberlimpurg en Allemagne et qui a montré qu’il était possible, en se basant sur les observations de la nature, d’obtenir un potager sain et parfaitement productif. La méthode de Gertrud, basée sur l’association des cultures, élaborée dans le mitant du siècle dernier s’avère étonnament moderne. Aujourd’hui que des études nous dévoilent (un peu) comment les plantes communiquent entre elles, quel univers existe caché sous nos pieds, on se dit que Gertrud était une vraie révolutionnaire !

Un joyeux mélange…

Dans la nature, la monoculture n’existe pas ! Au contraire les plantes poussent par strates étagées, mélangées, dans un savant méli-mélo où chacune d’entre elles trouve sa place au soleil. Rien à voir avec les potagers traditionnels avec leurs cultures sagement alignées, où une planche de laitue côtoie deux rangs de carotte et voisine trois alignements de poireaux. Cultures établies dans une terre soigneusement ameublie et scrupuleusement désherbée.

Des « lignes », c’est à dire ?
Afin de mélanger le mieux possible les cultures, Gertrud Franck a établi une technique qui repose sur un principe : pour pousser harmonieusement ensemble, chaque plante doit disposer de suffisamment d’espace. C’est donc en tenant compte et du volume de leur feuillage et de leur durée d’occupation du sol qu’elle a classé les légumes en 3 types de légumes :
- A : ceux qui, volumineux, restent longtemps en place : tomate, choux, haricots à rames…

- B : ceux de taille intermédiaire : poireaux, haricots nain, échalote, brocoli…

- C : ceux de petite taille ou de faible durée de culture : salades, radis, carottes…

Notre dame jardinière cultive  les plantes non pas en rangs mais sur une seule ligne. Elle a conçu trois types de lignes correspondant aux 3 catégories de légumes citées ci-dessus (créant donc des lignes ABC).

Toute sa méthode repose sur la répartition de ces 3 lignes dans le potager. Espacées les unes des autres de 50 cm leur enchaînement est celui-ci : A-C-B-C-A-C-B….


A:concombre, maïs, haricots
C:mâche
B:échalote
C: betterave(+coriandre)
A: chou,tomate,céleri rave (+basilic, capucine)
C: carotte (+aneth)
B : poireaux, fraises

Ainsi les légumes les plus volumineux sont toujours encadrés par des cultures moins éxigentes en espace et en lumière. Les plantes ne se font pas d’ombre et s’associent parfaitement, leurs appareils aérien et racinaire étant complémentaires.

Connaissez-vous les « passe-pieds » ?
Dans les potagers classiques, les espaces de circulation entre les légumes sont parfois couverts par une planche… mais ils restent le plus souvent nus et tassés par les passages répétés du jardinier. Et ils s’enherbent bien vite et de façon particulièrement agaçante.

Dans le jardin de Gertrud, ces passe-pieds sont toujours couverts de végétation. Dès la fin de l’hiver, on les ensemence avec un engrais vert très particulier : l’épinard. Cette plante forme des rosettes qui couvrent le sol (limitant la pousse des mauvaises herbes) et sur lesquelles on marche (même si rien n’empêche de prélever quelques feuilles pour la cuisine). Dès que les plantes commencent à monter à graines, on les coupe au collet d’un coup de binette et on les laisse se décomposer sur le sol (inutile de les enfouir !). Et ensuite ? On couvre les passe-pieds avec des tontes de gazon, de la consoude, de la paille….

La rotation n’est plus un casse tête !
Elle est très simple dans ce potager : chaque année on décale les lignes de 25 cm. C’est tout ! Les futures cultures se trouvent à l’emplacement des anciens passe-pieds. Et vice versa. Aucune plante ne peut ainsi se retrouver au même emplacement pendant plusieurs années.

Le jardinier cupidon

Les amours et discordes des plantes entre elles sont un sujet passionnant. Et complexe : pour le jardinier associer les cultures en fonction de leurs attirances supposées (impossible de savoir sur quoi se basent les tableaux d’association édités) est quasiment mission impossible !
Le poireau aime les fraises… mais pas qu’elles. Personnellement je ne tiens pas compte des mariages entre plantes recommandées. Notamment parce que dans mes potagers (je cultive aussi en carré et sur buttes) là où les cultures sont tout à fait mélangées je n’ai jamais constaté d’amours ou de désaccords particuliers. Et que je suis persuadée que le plus grand mélange possible vaudra toujours mieux qu’un bon mariage.
Au potager, à bas la monogamie, vive l’orgie !

D’ailleurs, non seulement la structure du potager de Gertrud permet d’associer les légumes grâce à la proximité des lignes mais aussi parce que ‘lon mélange de nombreux légumes sur une même ligne : entre eux mais aussi avec des fleurs, avec des herbes.

Pas touche au sol !

Dans la nature (toujours elle) le sol n’est jamais travaillé mais il ne reste jamais nu : très vite les graines y germent et couvrent la terre. Aussi dans le jardin de Gertrud, le terrain n’est-il jamais travaillé. Il est aussi toujours couvert. Si dans les années 1950 et 60, cette recommandation était époustouflante, elle est mieux comprise aujourd’hui où l’idée du non travail du sol s’impose de plus en plus. D’autant que la science nous permettent de mieux comprendre le bien-fondé des conseils de Gertrud.

Les plantes et le sol : toute une histoire

On considère souvent que la plante capte les rayons lumineux (pour la photosynthèse) et qu’elle pompe les éléments minéraux du sol. Elle puise et épuise et le rôle du jardinier apparaît évident : il doit restituer au sol ce que ses cultures y ont prélevé. Et le sol étant un support dans lequel les végétaux doivent d’ancrer, il est primordial de l’ameublir, de l’affiner afin que leurs racines s’étendent en toute tranquilité.

Reprenons, façon Gertrud, l’observation des cycles naturels. La matière organique qui se décompose sur le sol pour se transformer en humus est un phénomène bien connu et je n’y reviens donc pas ici. Moins connu est l’autre vie du sol, non pas celle qui se réalise en surface mais en profondeur, au niveau des racines.

On découvre en effet qu’une partie des sucres produit par la photosynthèse est dirigé vers les racines des plantes qui les exsude dans le sol. Il s’agit de la rhizodéposition. En fonction de ses besoins, la plante module la composition de cette rhizodéposition pour attirer précisément  les microorganismes qui contenant les nutriments dont elles ont besoin. Nutriments puisés non pas uniquement en surface du sol (lors de la décomposition de la matière organique) mais aussi en provenance de l’aggradation de la roche-mère. La plante n’a donc pas besoin de fertilisation (même bio) pour se nourrir : elle se débrouille toute seule.
La foule de micro-organismes qui gravitent autour des racines secrètent de la glomaline et d’autres substances collantes qui jouent un grand rôle dans la texture du sol. En conséquence, il n’est pas nécessaire d’ameublir le sol pour que les racines s’étendent, elles l’ameublissent en s’étendant.

Lorsque que l’on regarde le schémas des cycles naturels ont observe que non seulement il est important de couvrir le sol mais aussi de le remplir de racines vivantes.

L’art de la couverture
Le potager de Gertrud Franck ressemble, durant la belle saison, à une vraie jungle potagère ! On n’y voit presque pas de sol nu. Lorsque le terrain n’est pas rempli par des légumes en culture, il est couvert par des engrais verts (moutarde, sarrasin, phacélie, féverole…) ou des paillages.
Ou par du compost. Mais pas n’importe lequel : du compost de surface et non celui issu de nos tas traditionnel. Car, comme le fait remarquer Gertrud, dans la nature le tas de compost n’existe pas. La matière organique s’organise en litière, en couche.
Gertrud Franck reproduisais ce phénomène là : au lieu de mettre ses déchets domestiques sur un tas, elle les épendait entre les rangs de légumes, sur les fameux passe-pieds.
Je dois avouer que, pour l’instant, l’effet esthétique (voir les restes de notre cuisine des jours précédent) de cette pratique me rebute encore !

 

http://surviejoyeuse.fr/mon-potager-facon-gertrud-franck/

 

Ajouter un commentaire

Les meilleurs commentaires seront publiés.
CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de spam.
15 + 3 =
Trouvez la solution de ce problème mathématique simple et saisissez le résultat. Par exemple, pour 1 + 3, saisissez 4.

Filtered HTML

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.